TNS en France : 4,3 millions d’indépendants, mais seuls 37 % déclarent un contrat de prévoyance

La France compte 4,3 millions de non-salariés, mais seuls 37 % des indépendants interrogés par OpinionWay déclarent un contrat de prévoyance. Décryptage des chiffres Madelin et hors Madelin.

La France compte 4,3 millions de personnes exerçant une activité non salariée. Pourtant, dans l’étude OpinionWay réalisée pour Swiss Life en juin 2025, seulement 37 % des 339 indépendants interrogés déclarent avoir souscrit un contrat de prévoyance. Entre ces deux chiffres se cache une réalité plus complexe qu’un simple « assuré » ou « non assuré ».

Un médecin libéral, une boulangère, un consultant en micro-entreprise, un gérant majoritaire de SARL et un exploitant agricole travaillent tous sans contrat de travail salarié. Mais ils ne dépendent pas des mêmes régimes, ne disposent pas des mêmes prestations obligatoires et ne souscrivent pas nécessairement les mêmes contrats. Voici ce que les sources disponibles permettent réellement d’affirmer.

4,3 millions de non-salariés : de qui parle-t-on ?

Selon l’Insee, 4,3 millions de personnes exerçaient une activité non salariée fin 2024, à titre principal ou secondaire. Parmi elles, 3,9 millions travaillaient hors agriculture et environ 400 000 dans l’agriculture. Plus de deux millions étaient micro-entrepreneurs économiquement actifs.

Ce total réunit plusieurs mondes professionnels :

  • professions libérales réglementées : médecins, infirmiers, chirurgiens-dentistes, avocats, notaires, architectes, experts-comptables…
  • professions libérales non réglementées : consultants, formateurs, développeurs, designers ou conseillers…
  • artisans et commerçants : boulangers, coiffeurs, restaurateurs, mécaniciens, maçons ou détaillants…
  • entrepreneurs individuels et micro-entrepreneurs, à titre principal ou complémentaire ;
  • dirigeants non salariés, notamment de nombreux gérants majoritaires de SARL ou d’EURL ;
  • exploitants et entrepreneurs agricoles, affiliés à la Mutualité sociale agricole.

À l’inverse, le président de SAS ou de SASU et le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL sont généralement assimilés salariés pour leur protection sociale. Être chef d’entreprise ne signifie donc pas automatiquement être TNS.

Le chiffre vérifiable : 37 % des indépendants déclarent un contrat de prévoyance

L’étude « Indice de vulnérabilité des travailleurs non-salariés » a été réalisée par OpinionWay pour Swiss Life. Le rapport intégral de 66 pages est publiquement accessible sur le site d’OpinionWay. Les interviews ont été menées en ligne du 21 mai au 5 juin 2025, selon les procédures de la norme ISO 20252.

L’étude distingue trois échantillons : 339 indépendants, 326 dirigeants d’entreprise employant des salariés et 205 médecins généralistes. Le groupe des 339 indépendants comprend 60 % d’artisans, commerçants et autres indépendants, 26 % de professions libérales et 14 % de chefs d’entreprise sans salarié.

Dans cet échantillon, 37 % déclarent avoir souscrit un contrat de prévoyance. Le taux atteint 44 % parmi les professions libérales et 35 % parmi les autres indépendants. Ce résultat mesure une souscription déclarée, quelle que soit l’éventuelle qualification Madelin du contrat.

Le problème ne se limite pas à posséder ou non un contrat

Les réponses montrent surtout un fort sentiment de vulnérabilité :

  • 84 % des indépendants se sentent moins avantagés que les salariés en matière de protection sociale ;
  • 83 % jugent leur couverture insuffisante pour au moins un besoin en cas d’arrêt de travail prolongé ;
  • 74 % la jugent insuffisante pour maintenir leur rémunération ;
  • 66 % la jugent insuffisante pour assurer la continuité de leur activité ;
  • 83 % identifient au moins une insuffisance en cas d’invalidité.

Le risque n’est donc pas abstrait : il se mesure en revenu perdu, mensualités, loyer professionnel, coût d’un remplaçant et dépenses familiales. Même un indépendant déjà équipé peut découvrir que ses garanties ne suivent plus son revenu ou ses charges actuelles.

Peut-on appliquer 37 % aux 4,3 millions de non-salariés ?

Une multiplication mécanique donnerait environ 1,59 million de personnes. Mais ce résultat ne doit pas être présenté comme une estimation officielle. L’échantillon OpinionWay ne reproduit pas nécessairement tout le périmètre Insee, qui comprend notamment les micro-entrepreneurs à activité secondaire et environ 400 000 non-salariés agricoles.

La valeur de l’enquête est ailleurs : elle fournit une mesure récente, documentée et directement vérifiable du comportement d’un groupe d’indépendants. Elle confirme que la souscription déclarée reste minoritaire et que le sentiment d’insuffisance demeure massif.

La formulation rigoureuse est : « 37 % des 339 indépendants interrogés par OpinionWay pour Swiss Life déclarent avoir souscrit un contrat de prévoyance ».

Prévoyance des TNS : 4,3 millions de non-salariés, 37 pour cent ayant souscrit et 1,3 million couverts par Madelin
Trois sources complémentaires : une population statistique, une souscription déclarée dans une enquête et un comptage de contrats Madelin.

Pourquoi les contrats Madelin ne racontent qu’une partie de l’histoire

France Assureurs dénombrait fin 2024 1,234 million de contrats Madelin prévoyance couvrant environ 1,3 million de personnes. Parmi ces contrats, 855 000 comportaient une garantie incapacité-invalidité, soit 69 %, et 805 000 une garantie décès.

Ces chiffres sont solides dans leur périmètre, mais ce périmètre n’est pas celui de tous les non-salariés. Un contrat Madelin est lié à un cadre fiscal particulier. Il ne recense pas automatiquement toutes les prévoyances individuelles ordinaires, les protections collectives obtenues par une activité salariée parallèle ou les dispositifs propres au secteur agricole.

Le cas particulier des micro-entrepreneurs

Les micro-entrepreneurs peuvent souscrire une prévoyance individuelle. En revanche, le régime fiscal micro applique un abattement forfaitaire et ne permet pas de déduire les charges professionnelles pour leur montant réel. L’avantage fiscal associé aux cotisations Madelin n’y fonctionne donc pas comme pour un indépendant imposé au réel.

Un micro-entrepreneur peut ainsi être couvert par un contrat non Madelin sans apparaître dans le compteur Madelin. Il peut aussi bénéficier d’une couverture collective s’il exerce parallèlement une activité salariée. À l’inverse, l’absence de contrat Madelin ne prouve évidemment pas qu’il possède une autre protection.

Le cas des non-salariés agricoles

Les quelque 400 000 non-salariés agricoles relèvent de la MSA et d’un environnement de protection spécifique. Ils peuvent compléter leurs garanties avec des solutions adaptées au revenu, à l’invalidité, au décès ou au remplacement sur l’exploitation. Leur exposition possède aussi ses particularités : continuité des soins aux animaux, récoltes, saisonnalité, matériel financé et difficulté de trouver rapidement un remplaçant.

Peut-on compter précisément les contrats hors Madelin ?

Non, pas avec les publications disponibles. La Drees et l’ACPR mesurent le marché de la prévoyance par risque, type d’organisme et caractère individuel ou collectif, mais elles ne croisent pas systématiquement ces données avec le statut professionnel de chaque assuré.

France Assureurs recense par exemple 34,185 millions de contrats individuels d’accidents corporels en 2024. Ce total couvre l’ensemble de la population et des garanties très diverses : accidents de la vie, scolaires, sportifs, décès accidentel ou formules indemnitaires. Il serait méthodologiquement faux d’en extraire un nombre de TNS couverts.

La Drees indique également que 17,8 milliards d’euros de cotisations ont été collectés en 2024 au titre des « autres dommages corporels », comprenant notamment incapacité, invalidité et dépendance. Ce montant démontre l’importance du marché hors Madelin, mais ne renseigne ni le nombre de TNS couverts ni la qualité de leur protection.

Ce que signifie réellement « être couvert »

Posséder un contrat ne garantit pas que le revenu, les charges professionnelles et la famille soient convenablement protégés. Une prévoyance doit être examinée ligne par ligne :

  • montant des indemnités journalières et durée de versement ;
  • franchise en cas de maladie, d’accident ou d’hospitalisation ;
  • définition de l’incapacité selon la profession réellement exercée ;
  • seuil, barème et mode de calcul de l’invalidité ;
  • capital décès, rente conjoint et rente éducation ;
  • prise en charge des frais généraux ou du coût d’un remplaçant ;
  • exclusions concernant le dos, les troubles psychiques, certains sports ou antécédents ;
  • cohérence entre revenu assuré, revenu déclaré et prestations du régime obligatoire.

Conclusion : le chiffre le plus utile reste celui de votre manque à gagner

Les sources convergent vers un constat plus nuancé que le simple nombre de contrats Madelin. La France compte 4,3 millions de non-salariés. Dans l’étude OpinionWay–Swiss Life 2025, 37 % des 339 indépendants interrogés déclarent avoir souscrit un contrat de prévoyance. France Assureurs recense parallèlement 1,3 million de personnes couvertes par des contrats Madelin. Les écarts s’expliquent au moins en partie par les contrats hors Madelin, les statuts particuliers et les périmètres statistiques.

On ne peut donc pas affirmer que tous les TNS absents des statistiques Madelin travaillent sans aucune protection. On peut en revanche affirmer que la souscription déclarée reste minoritaire dans l’échantillon OpinionWay, et que 74 % des indépendants interrogés jugent leur couverture insuffisante pour maintenir leur rémunération en cas d’arrêt de travail prolongé.

La vraie question n’est pas seulement « ai-je un contrat ? », mais « combien percevrai-je, à partir de quand, pendant combien de temps et quelles charges continueront à courir ? »

Un bilan de prévoyance sérieux commence donc par le statut social, la profession, les prestations obligatoires, le revenu du foyer et les charges de l’activité. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut mesurer le véritable filet de sécurité.

Sources

Carl Vambert
Carl Vambert
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